1ère édition de la Journée mondiale de l’industrialisation de l’Afrique : Djibouti veut faire sa révolution industrielle

21 nov. 2016

Dimanche 20 novembre 2016, notre pays a célébré pour la première fois la journée mondiale de l’industrialisation en Afrique. Placée sous le haut patronage du Premier ministre, la cérémonie s’est tenue au palais du peuple.  Le Ministère de l’Economie et des Finances, chargé de l’Industrie, organisateur de l’événement, a convié les acteurs de la communauté d’affaires locale, appelés à jouer un rôle clé dans la concrétisation des ambitions industrielles d’une économie largement dominée par le secteur des services.

La première édition de la journée mondiale de l’industrialisation de l’Afrique s’est tenue hier au palais du peuple. Sous la thématique du « Financement de l’Industrialisation en Afrique : Défis et Stratégies réussies », l’événement a attiré de nombreux participants dont des membres de l’Exécutif, des représentants du corps diplomatiques, d’opérateurs économiques ainsi qu’un large parterre de personnalités publiques.

Des produits de consommation et des petits outillages fabriqués à Djibouti par des entreprises reconnues ou des start-up ont été exposés sur des stands dans le hall de la salle des conférences du palais du peuple. Le bourgeon de tissu industriel local a fait montre de son savoir-faire qui commence à éclore dans le paysage économique.

Depuis sa proclamation par les Nations Unies en 1989, la communauté internationale célèbre chaque 20 novembre « la journée mondiale pour l’industrialisation de l’Afrique » afin d’inciter les pays du continent à s’engager davantage dans un processus d’industrialisation. C’est aussi le moyen pour susciter une prise de conscience au niveau mondial et mobiliser l’appui international en faveur du développement industriel de l’Afrique.

La journée du 20 Novembre est le moment propice pour aborder des problèmes liés au développement industriel durable et d’évaluer les stratégies d’atteinte des objectifs visant à faire des Africains des partenaires égaux dans ce nouveau monde. Le thème retenu cette année, « Financement de l’industrialisation en Afrique : défis et stratégies réussies » souligne l’importance de l’industrialisation de façon inclusive et durable.

…Un secteur industriel embryonnaire et largement en friche

Qu’en est-il du secteur de l’industrie à Djibouti ? C’est fut l’objet du premier diagnostic, fait par le directeur de l’Industrie au Ministère de l’Economie et des Finances, M. Aboubaker-Sadik Said  Ahmed. Le haut fonctionnaire a d’abord dressé un état des lieux sur la situation de l’industrie au pays qui compte quelque 48 entreprises industrielles nationales et 8 étrangères avec des investissements agrées au code des investissements qui ont permis la création d’environ 3980 emplois directs permanents sur la période 2010 à 2015. Une période faste, selon lui, car elle a marqué l’émergence d’un tissu industriel à travers des projets productifs portés par des programmes d’investissements composés de projets manufacturiers qui ont permis d’enrayer partiellement l’importation de certains produits usuels. M. Aboubaker-Sadik Said Ahmed a défendu l’idée d’une « transformation des ressources minérales, halieutiques et agricoles » afin d’obtenir des produits de valeur plus élevée et favoriser ainsi l’intégration du pays dans l’économie régionale et mondiale. C’est pourquoi il a loué les efforts et les réformes menées par le gouvernement visant à favoriser l’épanouissement et la promotion du secteur industriel. Pour ce faire, une série de mesures ont été prises, a-t-il insisté, comme la facilitation de l’accès au financement, l’amélioration du climat des affaires (code des investissements), la réduction des facteurs de production (énergie, eau, télécommunications, transport…etc.) l’incitation fiscale entre autres. Par ailleurs, a-t-il averti, « la Stratégie de Croissance Accélérée et de Promotion de l’Emploi (SCAPE) donne la priorité au secteur privé qui est appelé à devenir le moteur principal de la croissance économique au sein d’une économie diversifiée, compétitive et ouverte sur l’extérieur ». Le directeur de l’industrie a également rappelé les études menées par son ministère et d’autres départements ministériels sur les opportunités et les potentialités existantes quant au développement d’industries légères à Djibouti.

A commencer par l’inventaire des ressources minières nationales dans les secteurs de l’industrie agro-alimentaire, mais aussi la valorisation des produits miniers, les matériaux de construction, les articles en cuir, l’électronique…etc. Une intervention qu’il a close par un appel à plus de leadership politique pour mener à bien le processus d’industrialisation qui passera nécessairement par des stratégies et des politiques appropriées visant à assouplir davantage le climat des affaires et le code des investissements, mais aussi des investissements conséquents mais aussi et surtout une coordination et une forte synergie entre les institutions publiques et parapubliques.

…Des motifs d’espérance devant une industrialisation à marche forcée. L’instigateur de la cérémonie, le ministre de l’Economie et des Finances, Ilyas Moussa Dawaleh, a d’abord posé un constat. « Les pays qui dominent l’économie mondiale aujourd’hui sont ceux qui ont expérimenté une révolution industrielle à une période de leur histoire » a-t-il dit. C’est le cas de « L’Europe et l’Amérique » qui « l’ont vécu du 18ème à la première moitié du 20ème siècle et l’Asie du Sud Est le vite depuis les années 1960 » (…)

De l’autre côté, « les pays les plus marginalisés sont ceux dont l’économie est peu ou pas assez industrialisée » a-t-il indiqué, soulevant le cas du continent Africain « puisque 34 des 48 pays les moins avancés se trouvent en Afrique ». L’autre constat d’échec, c’est le maintien au plus bas niveau de toutes les régions en développement du poids de l’industrie dans l’économie du continent qui est passé de 12% à 11% entre 1980 et 2013. Ce qui a motivé le lobbying et le plaidoyer vigoureux qu’il a fait pour une politique de diversification économique axée sur une industrialisation massive voire à marche forcé.

Selon M. Ilyas Moussa Dawaleh, l’élimination de la pauvreté et l’ouverture de l’accès aux services de base comme l’éducation, la santé ou un logement décent aux populations, demandent une création massive d’emplois, elle-même intrinsèquement dépendante d’une forte industrialisation.

Or, cette « industrialisation en Afrique fait face à des obstacles structurels » a-t-il reconnu. Des obstacles comme « le manque de confiance des organismes financiers nationaux comme internationaux, un environnement juridique et réglementaire peu transparent et imprévisible, des marchés voisins mais peu intégrés, des coûts de facteurs de production conséquents…etc ».

Ainsi, M. Dawaleh a défendu la pertinence d’une rupture avec « notre logique rentière basée sur l’exploitation de l’existant » et du choix résolu de l’investissement dans la « diversification de notre économie en commençant par transformer nos propres ressources naturelles et en s’insérant dans la chaine de valeurs régionales et mondiales ».

Le ministre s’est tout de même réjoui de l’estompement des obstacles grâce à « l’adoption d’une stratégie commerciale et économique avec l’Ethiopie qui nous a permis de réduire les couts de facteurs de production de l’énergie et de l’eau, de bénéficier de la taille de son marché pour attirer les investisseurs et la multiplication de la formation professionnelle dans les métiers dont le marché de l’emploi a besoin ».

L’industrialisation longtemps handicapée par « l’étroitesse de notre marché, la cherté des facteurs de production, l’inadéquation de notre formation professionnelle avec le besoin du marché » trouve aujourd’hui grâce aux yeux des autorités et des opérateurs privés.

Une analyse partagée par le président de la Chambre de commerce de Djibouti, M. Youssouf Moussa Dawaleh qui a lancé un appel à la communauté d’affaires de croire en notre pays et ses potentialités et surtout le secteur financier à appuyer les initiatives industrielles. Même son de cloche de sa vice-présidente et PDG des Etablissements Coubèche qui a par ailleurs, apporté un témoignage émouvant sur l’aventure industrielle de sa famille qui a démarré en 1885 et qui aujourd’hui rayonne au sommet du tissu industriel local.

Pour sa part, la représentante-résidente du PNUD et coordinatrice du système des nations unies à Djibouti, Mme Valérie Cliff, a délivré le message du Secrétaire général des Nations unies, M. Ban Ki Moon, qui s’est fait l’apôtre de l’industrialisation de l’Afrique afin de promouvoir un modèle de prospérité inclusif et un développement durable, gage de création de millions d’emplois à haute productivité chaque année.

L’intervention du Premier ministre, M. Abdoulkader Kamil Mohamed, a clôt la cérémonie. Dans son allocution, il a rappelé le parcours du secteur de l’industrie qui « dans le calcul de notre PIB est encore faible mais, qu’il était, à notre indépendance, presqu’uniquement représenté par le secteur « bâtiment et travaux publics » et ceux de la production d’énergie et de l’eau ». On observe une inversion de cette tendance depuis l’an 2000 suite au démarrage d’activités d’entreprises industrielles nationales de création récente.

Des entreprises « spécialisés dans le sous-secteur de l’alimentaire, mais aussi dans celui de la transformation de nos ressources naturelles » a-t-il précisé. C’est ainsi que se développe « le travail de la pierre, la production de ciment et la transformation du sel aujourd’hui. »

Le PM a fait part de son optimisme car a-t-il dit, « demain, d’autres unités industrielles comme celle de la transformation de ressources naturelles des pays de la région viendront s’ajouter ».

M. Abdoulkader Kamil Mohamed, a rappelé le rôle du gouvernement qui « est d’offrir le maximum d’avantages aux industriels pour qu’ils viennent s’installer dans le pays ».

Le PM a souligné les actions gouvernementales qui vont dans ce sens comme « la formation des hommes et des femmes compétents, aménagement de zones industrielles et commerciales, comme à Doraleh, développement des énergies propres nationales pour en réduire les couts, fiscalité avantageuse, maintien d’une monnaie stable librement convertible, confiance envers nos institutions, bonne gouvernance… ».

La révolution industrielle djiboutienne a-t-elle démarré hier au palais du peuple ? L’histoire nous le dira bien. Dans tous les cas, les stands d’exposition des produits manufacturiers et usuels et les témoignages des jeunes entrepreneurs à succès ont donné des motifs d’encouragement à l’assistance. Espérons que cette tendance se poursuive et se renforce pour le bien des Djiboutiens.

Ils ont dit…

Ilyas Moussa Dawaleh, Ministre de l’Economie et des Finances, chargé de l’Industrie :- « L’industrialisation crée massivement des emplois, accroît le revenu national et le capital des entreprises, favorise le progrès technologique, augmente durablement les recettes budgétaires et permet au gouvernement de réduire drastiquement la pauvreté alors que les économies basées sur l’exploitation de rentes sont très peu créatrices d’emplois et pauvres en croissance équitable et inclusive.(…) Quels types d’industries doit-on promouvoir ? Comment aider nos entreprises privées à émerger et devenir championne dans leurs secteurs respectifs ? Pour cela, il est primordial de mener une réflexion commune, gouvernement et associations patronales, pour une véritable prise de conscience nationale de l’importance de l’industrialisation pour le développement économique. (…) Le gouvernement Djiboutien avec les moyens dont il dispose s’est donné comme priorités : l’adoption d’une stratégie industrielle à travers la SCAPE,  l’institutionnalisation d’un dialogue avec le secteur privé pour l’impliquer dans la formulation de la politique industrielle, la promotion des industries légères et peu sophistiquées pour être rapidement compétitif, l’inventaire des ressources naturelles pouvant être extraites et transformées sur place, le positionnement dans la chaine de valeur mondiale, notamment dans l’industrie agroalimentaire et le textile, la mise en place de zones franches industrielles internationales et de zones économiques spéciales comme la Turquie ou la Chine, la création de parcs industriels et technologiques pour des industries orientées sur le monde en attirant des groupes industriels d’envergure internationale et enfin la possibilité de créer des zones économiques transfrontalières intégrées pour faciliter les transactions avec ses voisins.  Le développement d’un pays ou d’une communauté est souvent porté par des pionniers qui sont des commerçants ou des industriels. Ces capitaines d’industries et leurs sociétés sont parfois indissociables de l’image de leurs pays. L’exemple le plus frappant qui me vient à l’esprit est le lien entre le succès de Samsung et le dynamisme économique de la Corée du Sud. Et un événement comme celui d’aujourd’hui permet de célébrer ces types de ‘success story’ et il est indispensable que cette célébration, qui est une première à Djibouti devienne régulière ».

Magda Remon Coubèche, Vice-présidente de la Chambre de commerce et PDG des Ets Coubèche et CIE:- « Si aujourd’hui, je suis parmi vous c’est, je pense, pour apporter, à travers l’histoire de nos Etablissements, un éclairage sur le vécu d’une activité industrielle qui a traversé les décennies. Nos entreprises fondées en 1885, lorsque mon arrière-grand père s’installe à Obock et se lance dans l’avitaillement en vivres frais de navires faisant route vers l’Indochine. D’Obock à Djibouti, mon grand-père continue à développer ces activités d’import/export et de shipshandling avec, comme préoccupation quotidienne, le maintien de la chaine du froid des denrées périssables qu’il fournissait. En 1949, les autorités de l’époque décident de casser les monopoles de la distribution d’eau urbaine et de fabrication de glace (…) c’est ainsi que commence l’aventure industrielle de notre Groupe avec le rachat des Glacières de Djibouti, qui historiquement, employait 25 personnes et produisait 15 tonnes de glace par jour. Mon grand-père et mon père font alors leurs premiers pas, douloureux en tant qu’industriels, faisant face aux nombreux challenges du moment, pénurie d’eau, d’électricité, difficultés techniques…En Aout 1952, ils installent une 2ème ligne de production qui leur permet d’augmenter leur capacité de 30 % et ainsi de suite jusqu’à atteindre 30 tonnes de nos jours ? En 1964, nos établissements deviennent le 3ème industriel Africain à obtenir la concession de la marque. Ainsi nait notre usine d’embouteillage, en verre consigné qui produit 2000 bouteilles à l’heure et emploie déjà une quarantaine de personnes. Depuis nous avons successivement investi dans 3 autres chaines pour atteindre, aujourd’hui, une capacité de 30.000 bouteilles à l’heure sur ce format. …En l’an 2000, nous lançons l’eau CRYSTAL sur une autre ligne de production, et en 2011, le chef de l’Etat, inaugure notre dernière-née, l’usine de boissons gazeuses en conditionnement PET (…). Nos établissements ont développé, depuis plus de 10 ans, en partenariat avec la société ECOTECH, un site pour le traitement des déchets où nous collectons et valorisons des dizaines de tonnes de plastiques, verre et aluminium. Aujourd’hui, notre groupe emploie 650 personnes dont 400 dans la branche industrielle, utilise des centaines de sous-traitants et dispose d’un réseau de distribution d’environ 2500 points de vente répartis sur l’ensemble du pays ».

(Source : La Nation du 21 novembre 2016)